FIDMarseille 2012 : fragments d’une programmation aventureuse

Metran Men Hada Al-Turab (Two Meters of This Land) d’Ahmad Natche (Palestine)

FRANÇAIS/ENGLISH

Le film commence par cette discussion sur des photos de jeunes combattantes au temps d’Arafat et on entend tout de suite que ceux qui parlent ne tiennent pas du tout le même langage. D’un côté, un Palestinien qui s’exprime avec la précision d’un historien de l’art, de l’autre une jeune française qui semble plus sentimentale, plus floue. La scène est filmée dans un studio mais on ne sait pas vraiment où on est, ni où le film nous emmène, il semble toujours rester en bordure de quelque chose et ce prologue est comme une fausse piste puisque nous nous retrouvons immédiatement ailleurs. Est-ce un documentaire ? Pas vraiment. Tout semble joué et répété. Et si c’est un documentaire, il ne « documente » rien, ne nous propose pas d’information, pas de récit, pas de conflit. Juste une observation. Des impressions sur un lieu – la Palestine – dont nous sommes toujours curieux. A la différence d’autres films qui nous viennent des territoires occupés, qu’ils soient portés par un geste militant ou une poésie burlesque comme ceux d’Elia Suleiman, Two Meters of This Land n’a pas de thèse à défendre. C’est un film murmuré, qui assemble ses fragilités pour se faire entendre, à la manière d’un « poème de deux mètres ». Comme le dit un personnage principal du film, « un journaliste est quelqu’un qui prend de grandes choses et les rétrécit, alors qu’un poète s’inspire de petites choses pour les faire grandir ».

The film begins with this discussion on photos of young fighters in the Arafat days, and we hear right away that those who speak do not speak the same language. On one hand, a Palestinian who speaks with the precision of an Art historian; the other, a young French woman who appears to be more sentimental, more blurred. The scene is filmed in a studio but we do not really know where we are, nor where the film takes us, it always seems to stay on the edge of something and this prologue is like a red herring because we immediately find ourselves elsewhere. Is it a documentary? Not really. Everything seems played and rehearsed. And if it’s a documentary, it “documents” nothing, it offers no information, no story, no conflict. Just an observation. Impressions of a place – Palestine – on which we always feel curious. Unlike other films that come from the occupied territories, whether carried by a militant gesture or a burlesque poetry like Elia Suleiman, Two Meters of This Land has no thesis to defend. It’s a film whispered, which assembles its fragilities to be heard, like a “poem of two meters.” As one main character says, «a journalist is someone who takes great things and shrinks them, while a poet is inspired by little things to make them grow».

Jean-Pierre Rehm ( Propos recueillis par Laurent Rigoulet )

Télérama.fr 11/07/2012

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